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Chipolatapaprika

25 Février 2019 , Rédigé par Fried Publié dans #Nature

Au creux du logis des petites souris situé dans le tréfonds d'un terrier sous le noisetier du jardin, il y a l’effervescence d’avant l’histoire.
C’est que Mamaouse va commencer le récit des aventures de Chipolatapaprika.
Après avoir survécu à Neige la terrible, après s’être fait marcher sur la queue par Grandmaladroit, il est arrivé une nouvelle aventure à Chipolata.

Mamaouse s'impatiente effectue un léger pianotage de ses petites pattes, lisse ses moustaches et fait les gros yeux à tout son petit monde, (il ne faut pas croire que leur logis est exigu).
- Les enfants un peu de silence, sinon il se pourrait bien que Lucifer ou Neige vous entendent !
Frémissements de moustaches dans l’assemblée, associer Lucifer le méchant chat de tous les contes et Neige la terrible chatte noire des voisins de notre jardin, c’était l’horreur absolue.
Mamaouse commence son récit :
- Tout d’abord je dois vous dire que Chipolata va bien, vous savez que je l’avais envoyée en mission noisette, ce matin. Elle était donc en errance tout près d’ici dans les grandes herbes du jardin.
Elle a entendu Grandmaladroit marcher dans le jardin, s’approcher et s’assoir près d’elle sous le noisetier.
- Aaaah ! ooooh !
- Chut !
- Hum hum ! Je disais, il s’est assis et a commencé à ramasser nos noisettes, comme chaque année il était venu faire ses provisions lui aussi. Chipolata qui était cachée sous du trèfle a remarqué qu’il avait écrasé quelques noisettes sous ses chaussures. Elle a alors essayé de prendre quelques morceaux et Grandmaladroit l’a vue, hem, je crois que nous l’avons sous-estimé.
Après un coulissement et rapprochement subtil de son bras, il s’est alors d’un geste vif et précis, emparé de Chipolata ! Elle a juste eu le temps de sentir une grosse main se refermer sur elle, avant d’être transportée dans les airs et déposée dans un grand plat remplie de noisettes où elle s’est retrouvée prisonnière.
Imaginez-vous que dans ce plat il y avait plus de noisettes que dans notre garde-manger pour toute une année. Voilà que le plat s’est mis à bouger et elle a été emmenée à l’intérieur de grande-maison.
- Wouaaa !
- Chut !
- Alors voilà, Chipolata se demandait à quelle sauce elle allait être mangée, elle prononçait tremblante une incantation quand Grandmaladroit a pris une noisette pour la porter à sa bouche et … elle a entendu un horrible grand croc !
Il a alors sorti de sa grande bouche pleine de dents, un petit morceau qu'elle a pu grignoter.

Il s’est avéré que Grandmaladroit a été très gentil, avant de nous la ramener, il lui a même servi de délicieux morceaux de fromage qu’elle s’est empressée de manger. Vous connaissez toutes l’appétit de Chipolata et sa légendaire gourmandise… elle est en ce moment même soignée à l’[i]infirmsouricerie[/i] pour indigestion. Mes petites souris que cela vous serve de leçon mais j’envisage maintenant pour les plus braves d’entre vous, des missions grande-maison.

 

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Le mariage d'outre-tombe

16 Décembre 2018 , Rédigé par Fried Publié dans #Poésie

Depuis son enfance, les lectures d’Alexandre confortaient ses rêves, c’était entre autres : Les cigares du pharaon, le temple du soleil et encore Champollion l’Égyptien. Ses livres d'aventuriers, ses films, se conjuguaient au passé. Sa fascination pour l'histoire de l'homme et des civilisations ne l'avait jamais quitté.

 A l'adolescence, il fit la connaissance d'une association, un club de fouilles archéologiques encadré par le professeur Dieudonné et sa compagne. Alors,  il commença à creuser, fouiller la terre et en passa des mètres cube au tamis. Il parcourut les souterrains de la ville de Reims, entre la place Museux et la basilique Saint-Rémi. Il avait toujours aimé l'odeur de roche et d'humus. Avec des outils ou à mains nues, les ongles en deuil, il grattait la tourbe, le calcaire, humait les senteurs du passé.  À lui le plaisir de découvrir les tessons, débris d'os ou fragments de poteries émaillées. À lui le rêve de trésors enfouis.
Le professeur Dieudonné aux airs de doux rêveur passionné, avait passé la cinquantaine. A chaque rencontre il proposait une nouvelle quête, d'autres travaux. Barbu, les cheveux en bataille, c'était un grand distrait. Son bureau installé à l'étage de l'ancien collège des Jésuites était un capharnaüm. Il fallait faire attention où l'on mettait les pieds, enjamber une collection de didgeridoo, être habile et éviter des piles de documents et masques africains. Sa bibliothèque recelait des trésors de livres anciens aux épaisses couvertures de cuir.

Une fin d'après-midi Alexandre fut fier d'avoir réussi à reconstituer une poterie. Il vint frapper à la porte du bureau de Dieudonné. Sans attendre il entra, il n'y avait personne dans la pièce encombrée. Alexandre patientait quand il vit sur une étagère un parchemin sur lequel reposait une vieille clef. Il s'approcha et commença à le lire. Il y était indiqué en vieux français, que le caveau derrière le presbytère, abritait la tombe d'une grande famille Rémoise. En post-scriptum il était précisé : Pour passer de vie à trépas sous dernière demeure ne meure pas. Descente et passage au sanctuaire.

Quelques jours plus tard, Alexandre s’aventura dans le verger, accompagné de Thimothée son ami de toujours. Au fond de sa poche, il tenait la vieille clef qui ouvrait le caveau le plus proche du presbytère.
Le grincement des gonds rouillés, leur ouvrit la porte d’entrée d’un boyau de la terre. Ils entrèrent dans ce qui ressemblait à une petite chapelle. Ils balayèrent au faisceau de la torche électrique, deux cercueils poussiéreux.
– Brrr c’est vraiment lugubre, je n’aime pas trop ça, murmura Timothée.
– T’inquiète pas, on a rien à craindre de ceux-là.  Je sais qu’ici il y a un accès aux galeries, il faut juste trouver le passage. Oh ! Regarde celui-ci ! il est sur une trappe en bois,  viens m’aider à le déplacer, c'est peut-être par ici.
– Tu ne crois pas qu’on devrait les laisser en paix ?
– Aide-moi ! On remettra tout en place.
Ils firent glisser le cercueil vermoulu et soulevèrent la trappe. Une odeur aigre d’outre-tombe s’échappa des profondeurs. Après un premier mouvement de recul, leurs lampes éclairèrent un escalier de pierre qui descendait en spirale.
Alexandre était curieux et avide de frissons. Thimothée, qui était plus raisonnable, le suivait en retrait. Quelles découvertes allaient-ils faire ? Après quelques frayeurs dues aux toiles d’araignées, ils arrivèrent dans une galerie horizontale.
– Fais attention où tu mets les pieds, parfois il y a des puits, avertit Alexandre en connaisseur de ce monde souterrain.
Durant dix minutes ils avancèrent dans ce sombre dédale voûté, ils croisèrent quelques passages perpendiculaires. Souvent, ceux-ci étaient murés ou obstrués d’éboulis infranchissables. Alexandre, aventurier prévoyant, déposait à chaque carrefour une bougie qu’il avait allumée. Cet éclairage répandait une lumière solennelle sur leur exploration.
Ils arrivèrent dans une petite salle en pente douce. Son sol s’enfonçait dans une nappe d’eau. Les parois brillaient d’un blanc scintillant, elles étaient en fait recouvertes d’une fine couche de calcite. Ils la nommèrent la salle blanche. A cet endroit, une brique du mur placée en hauteur, formait comme une niche. Il y était gravé en latin cette phrase mystérieuse : EX.AMICITIA NASCUNTUR DELICIAE .
– Tu comprends ce que cela veut dire ? demanda Timothée.
– Je crois que c’est quelque chose comme « Une amitié naissante est délicieuse »

L’eau leur bloquant le passage, ils décidèrent de revenir sur leurs pas. Ils eurent le plaisir de redécouvrir les petites flammes, vacillantes mais rassurantes, des bougies qu’ils avaient déposées. Arrivés au dernier carrefour avant l’escalier, ils sentirent une odeur écœurante de corne brûlée. Le feu de la bougie s’était propagé à quelques débris au sol. A la lueur de la flamme, ils réalisèrent que c’étaient des bouts d’os qui s'étaient enflammés car la bougie avait fondu et coulé dessus. Un reflet luisait dans la nuit, Alexandre fut alors stupéfait de découvrir au sol, près des flammes, deux bagues en argent. Sur l’une il était gravé « AMICITIA », sur l’autre « DELICIAE ».
Qu'est-ce que cela voulait dire ? Mais surtout, quelle étrange coïncidence ! Ils étaient sous un ancien cimetière, alors étaient-ce les bagues d'un couple uni dans la mort ?
Timothée comme Alexandre n’étaient pas superstitieux, mais après s’être concertés, ils décidèrent de retourner à la salle blanche y déposer ces reliques.
De retour au pied de la niche, ils étaient résolus à  y déposer les alliances. Thimothée fit la courte échelle à Alexandre. Une fois à bonne hauteur et il tendit la main dans cette petite cavité, il déposa les bagues puis en ressortit une petit poterie.
– Regarde un peu ce que j'ai trouvé ! dit Alexandre.
– On dirait un petit pot en terre cuite.
– Oui, ça paraît ancien. Il est en terre sigillée, tu vois c'est reconnaissable au vernis rouge. C'est la première fois que j'en vois un intact.
Le pot était fermé à la cire. Alexandre sentit en le remuant qu'il contenait quelque chose. Avec son Opinel, il retira la cire et sortit délicatement du pot, un objet.
– Qu'est-ce que c'est ?
– On dirait un petit rouleau de parchemin. Il parait complètement rigide, il doit être déshydraté. Je le remets dans le pot, on regardera ça à la maison.
Alexandre et Timothée se félicitèrent d'être revenus sur leurs pas. C'était comme si le sort les récompensait de cette bonne action.
Sur leur chemin de retour, ils étaient plein d'enthousiasme. Une nouvelle aventure se profilait avec l'espoir de déchiffrer ce parchemin.

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Out of Rosenheim

16 Décembre 2018 , Rédigé par Fried

À cinquante miles de là, au cœur de la nuit sur la « 66 », on peut voir briller les enseignes du motel comme un ilot de lumières.
Quand le jour se lève, il ne reste que le ciel si bleu, le vent du désert, la ligne sans fin de la route, le motel poussiéreux.

Arrivé au « Red Carpet », on se gare devant la caravane de Rudi, lui c’était un artiste, un magicien des couleurs, il ne vivait plus que pour Jasmin la fée des lieux. Brenda qui a pris sa retraite est partie rejoindre sa fille Phyllis, à Las Vegas.
Le nouveau propriétaire a déjà changé l’enseigne, il ne lui aura pas fallu mille et une nuits.

À l’autre bout du parking la citerne se rouille à nouveau, reste quelques lettres où l’on peut lire « dad Café ». Hormis le jappement de quelques coyotes, on entend certains jours le flop flop flop d’un boomerang, c’est un campeur qui s’amuse.

Quand vous entrez au bar, il faut goûter ce nectar, le percolateur magique est toujours là, Jasmin l’a laissé. Dans la grande salle vous pourrez voir encore accrochés aux murs, les tableaux de Rudi, il y a même celui où Jasmin est nue. Oui, c’était elle la fée du motel, jusqu’au dernier jour elle a « putzé » les lieux, — kein Schmutz mit mir ! * disait-elle. Jusqu’au jour de son départ pour leur voyage de noces, elle a servi le café et enchanté le monde.

Allez vous asseoir près de la fenêtre, regardez ce désert à perte de vue, le ciel toujours bleu ; et si le vieux Jukebox se met en route, vous pourrez entendre cette chanson qui envoûte :
« I’m Calling You ».

*pas de poussières avec moi

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La chevelure des maléfices

13 Septembre 2018 , Rédigé par Fried Publié dans #Poésie

Aujourd’hui Suzanne a quitté le bord de sa rivière ensorcelée, arrivée en ville elle marche gaiement. Elles se transforme et sans perdre son charme remonte l’avenue du Maine.
Suzanne aime les hommes et ils le lui ont bien rendu.
Suzanne frivole et se découvre aux inconnus.
Suzanne a quatre enfants tous de pères différents.
Suzanne est libre comme ses cheveux qui volent au vent.

Suzanne a rendez-vous chez Edouard un coiffeur aux doigts de fée, c’est un bel homme et comme d’autres un être blessé, Suzanne a su l’apprivoiser.
Là, aux abords de l’école, elle ouvre la porte du salon.
— Entrez Suzanne, venez vous asseoir tout près de moi !
À chacun de ses rendez-vous, il lui fait la cour, il commence par une conversation légère pleine d’anecdotes. C’est qu’il aime prendre son temps, il n’a d’yeux que pour sa chevelure et retarde le moment délicieux où il plongera ses mains dedans.
Il se penche sur elle, l’effeuille, retire brindilles et feuilles mortes parmi ces fils d’or, la magie des lumières opère. Il regarde ces petits êtres lucioles apparaitre et disparaitre dans la chevelure. Ils sont nombreux et leurs douces voix chantent une comptine qui l’ensorcelle.

Les elfes scintillent et murmurent, « à celui qui l’aimera, elle se donnera et enfantera.
Quand son fruit d’amour sera éclos pour toujours, elle perdra ses sentiments et son amant. »

Edouard s’éprend, mais se reprend, Edouard aux mains d’agent, le beau mâle office. Sans le savoir comme à chacun de leurs rendez-vous, il coupera court au maléfice.

Suzanne tient le miroir, c’est la fin de l’école, ses enfants sont derrière la vitrine, ils se penchent et la regardent, ils se penchent comme ça toujours.

Maintenant, Suzanne rêve à Léonard, c’est un poète, ils ont rendez-vous cet après-midi à l’heure du thé.
Dans son rêve elle est nue, Léonard est son peintre et son héros. Il se penche vers elle, elle frissonne. Il a su peindre son corps parfait. Il fait durer son plaisir, l’effleure doucement du bout de ses pinceaux.
Plus tard elle le prendra par la main et l'emmènera écouter les sirènes.

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La cravate de la matière

21 Juin 2018 , Rédigé par Fried

On pourrait décrire la cravate de la matière un peu comme on parlerait de l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites. Mais auparavant, il faudrait parler de l'influence des rayons gamma sur le comportement de mes parents.

La matière peut paraître scientifique ou cosmique, mais en fait ici, elle est du domaine médical, pour le moins métaphysique voire biologique et dans tous les cas, comique.

Cela commence ainsi : il était une fois cette famille nombreuse de six enfants qui vivait heureuse dans un petit pavillon de banlieue. Le jardin était assez grand pour que les enfants que nous étions puissent tous s'y épanouir, jouer et cultiver toutes sortes de légumes ainsi que des marguerites. Il y avait autour de la maison quelques voisins : les "Ronchons", les "Potins" et l'inoubliable madame Marabama Dialo, femme seule, mais d'une énergie débordante. Elle était pour nous comme une vieille mamie tendresse, active et incontournable car toujours dehors et en boubou. Le matin, quand on allait à sa rencontre, cela commençait par un « Ban mwen on tibo *» puis elle avait toujours quelque chose à nous raconter, des histoires à dormir debout qui se finissaient invariablement par son : « C'est la vérité vraie ce que je vous dis là »

Elle était généreuse, nous donnait de ses légumes, radis, carottes et révélait ses meilleures recettes à nos parents. Madame Marabama Dialo que l'on surnommait entre nous, la bonne sorcière, avait le sens de la terre, un savoir certain et chez elle tout poussait bien.

Le jour où ma sœur tomba malade pour la troisième fois en peu de temps d'une méchante angine, Madame Dialo vint à le savoir. Elle donna à nos parents un remède imparable qui devait faciliter sa guérison. Au soir, nous étions ressortis dans le jardin au moment de l'apparition des premières étoiles et leurs rayons gamma. Je me souviens que toute la famille sauf la malade, s'était retrouvée dehors à cueillir des marguerites. Il avait fallu, sans faire de bruits pour ne pas réveiller les "Ronchons" ou les "Potins", retourner une partie du potager éclairés à la lampe de poche. Le but était de faire également une récolte de vers de terre. Je revois dans le fond d'un seau une masse grouillante qui se tortillait. Ils furent mélangés aux marguerites et récupérés dans un torchon qui allait servir pour toute la nuit de cravate à ma sœur malade. Au petit matin, on ne savait plus s'il fallait parler de la matière de la cravate ou de la cravate et sa matière. Le sujet de conversation était l'horrible et épouvantable odeur de notre sœur qui avait miraculeusement retrouvé toute sa santé. C'est avec vigueur qu'elle s'était précipitée hors de son lit où s'étaient répandues la cravate et sa matière.

Mes parents, encore aujourd’hui, sont persuadés que les marguerites, les rayons gamma et les vers de terre ont aidé à la guérison, mais aucun des enfants ne s'est à nouveau prêté à cette expérience. Si vous demandiez à Madame Marabama Dialo, elle vous le confirmerait : « C'est la vérité vraie ce que je vous dis là ».

* Donne-moi un bisou

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La perfidie des classiques

10 Mars 2018 , Rédigé par Fried

Bien installés dans ce bistrot parisien, nous finissons notre repas et je papote avec ma fille. Derrière elle, je peux voir à travers une porte vitrée une salle de spectacle laissée à l'abandon.
Je lui demande :
— Tu connaissais ce café-théâtre qui a fermé ?
— J'y suis allée une seule fois, je crois que c'était leur dernier spectacle. Ils jouaient "Les sept péchés capitaux " mais j'ai l'impression qu'ils n'ont pas fait recette. Cela t'aurait certainement intéressé, particulièrement la partie sur la gourmandise.
— Oh, tu sais Aurore, je ne mange plus autant, comme tu peux le voir, je suis resté svelte et je n'ai jamais été particulièrement gourmand.

Elle me demande avec un petit sourire :
— Tu as toujours du cholestérol ?
— Non-non, je fais attention maintenant, tu vois ce midi, j'ai pris du poisson.
— Oui, mais papa, tu n'aurais pas pris un peu d'embonpoint ? Ta chemise a l'air de te serrer.
— Ça, ce n'est rien, c'est juste ma peau du ventre qui a légèrement épaissi.
Elle a un regard soupçonneux.
— Hum hum, je connais tes goûts et je parie que je vais te faire mentir. Écoute bien, je te lis la carte des desserts, à toi de choisir ce qui te plaît.

Je suis confiant, je sais en moi-même qu'il y a tellement de desserts que je n'aime pas. Je suis difficile sauf pour le chocolat.

— Tout d'abord ils proposent, [b]La diligence des tartes[/b], chariot de tartes aux fruits, tartes aux pommes sur lit de compote, tartes aux fraises avec crème pâtissière, tartes aux cerises.
— Alors là Aurore, pas de problèmes, je ne raffole pas, pour te dire quand j'étais enfant, j'acceptais de manger une petite part de tarte seulement si l'on en retirait tous les fruits.
— Ok, la suite, c'est [b]Côté jardin[/b], Salade de fruits ou fruits aux choix, pommes, banane, cerises.
— Cela ne me tente pas plus que ça.
— Bon, eh bien, je continue, [b]Notre sélection[/b], salade de fruits ou fromage blanc avec coulis de fruits rouges.
— Non merci.
— Il y a aussi, [b]l'embûche de glace[/b], coupe de glace composée de trois parfums recouverte de chantilly ou l'omelette norvégienne.
— Peuh, cela me laisse froid, je ne suis pas prêt de fondre, je trouve que c'est étouffe-chrétiens.
— Mais pour finir mon petit papounet voici [b]Les classiques[/b], il est écrit en dessous, [i]A connaître sur le bout des doigts[/i].

Je devine à son sourire cruel que cela va être terrible.

— Moelleux au chocolat cœur coulant.
— Mama Mia ! Elle me voit écarquiller les yeux.
— Ou bien, les profiteroles du chef , tu sais papa, ces petits choux fourrés d'une crème pâtissière accompagnés d'une boule de glace à la vanille le tout nappé de chocolat fondu encore tout chaud.
— Mon dieu ! Aurore, je t'avoue que je commence à saliver, c'est infernal, si tu me prends par mes points sensibles...
— Ah ah, mais ce n'est pas fini ,
Il y a encore la gaufre gourmande accompagnée de sa légère crème fouettée et d'un onctueux chocolat fondu.
Gloups ! C'est mon dessert préféré.
Aurore remarque que je ne dis plus rien, toute honte dessous, j'ai craqué. Mon estomac indiscret me trahit, je digère avant de la manger, la perfidie des classiques.

 

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Petite histoire au village

10 Mars 2018 , Rédigé par Fried

La chambre à coucher était classique, le lit grand et profond. Hier soir ils étaient fatigués, mais bercés par la rumeur du conseil.
La rumeur allait en s'amplifiant puis s'atténuant. Il n'y avait pas eu d'altercations, de prises à partie, aucune invective pour une fois. C'est comme cela que cette fois-ci, ils avaient été bercés par le Conseil municipal. Il avait eu lieu juste en dessous de la chambre.
C'est souvent ainsi à la campagne, quand l'institutrice dispose d'un logement de fonction, l'appartement est situé à l'étage au-dessus de la mairie école.
La veille, l'institutrice et son mari avaient pris la résolution d'accompagner une partie du conseil et le directeur de l'école pour le défilé.
Mais au petit matin, dans la chambre à coucher l'air était glacé. C'est que l'institutrice avait cette habitude, même en hiver, de laisser les fenêtres ouvertes. C'est vrai, on respirait mieux, cependant en cette nuit du 10 au 11 novembre il gelait déjà bien fort.

Le mari était frileux alors la couette était épaisse et amplement remplie d'un duvet de canards sauvages.

Cependant, depuis la place de la mairie un petit défilé allait parcourir les rues par ce froid glacial pour aller au monument aux morts à la sortie du village.

Ces deux enfants du bon Dieu s'encanaillaient, monsieur se réchauffait le nez, il l'avait plongé dans les doudounes de madame. Le lit s'était transformé bientôt en un champ de bataille.

Dehors au pied de leur fenêtre, Guiseppe l'employé de mairie ronchonnait :
Quel pays et quel froid, pourquoi ai-je quitté mon Frioul natal et le sud pour venir ici ?
Il grimpait une échelle pour aller fixer un drapeau bleu blanc rouge.
Cet air vif ne lui faisait tout de même pas peur, il avait connu pire dans les Dolomites.
Après avoir quitté l'Italie et travaillé comme maçon dans le sud de la France, il avait suivi sa compagne qui était revenue en Champagne auprès de sa mère et il s'était fait embaucher par la mairie.

Il arriva en haut de l'échelle.
Mais qu'est-ce que j'entends, ma parole c'est Lolo l'institutrice avec son mari. Oh la belle femme que voilà, hé bé, avec cette ardeur ils vont repeupler la France... Après ça il faudra ouvrir une nouvelle classe et ce sera encore du travail pour Guiseppe.

Guiseppe entendait plus qu'il ne voyait.
— Chérie  le jour de gloire est arrivé entends-tu dans la campagne mugir ce féroce soldat, il vient jusque dans tes bras.
— je me rends beau militaire, ne tirez pas, du moins pas tout de suite. Elle agitait sa petite culotte en signe de reddition.
Dehors soufflait une bise qui ne faisait pas dans la tendresse.
Sur ce coup-là, ils avaient été lâches, ils avaient biaisé, la bise emportant leur résolution.

Enfin, Guiseppe remobilisa toute son attention et fixa le drapeau qui lui s'agita tout seul dans le vent mais cela fit du bruit.
Mince je crois qu'ils m'ont vu. Il entendit derrière les volets :
— Alors Guiseppe, espèce de vieux coquin tu l'as accroché le drapeau ?
—  oui Lolo, c'est fait maintenant.
— bon ben, reste pas au froid et viens prendre le café avec nous. On a besoin de reprendre des forces après nos efforts patriotiques.
Guiseppe alla ranger l'échelle et fit le tour du bâtiment pour rentrer par la cour de l'école.

Dans le salon devant un mug de café, Guiseppe parlait de ses souvenirs du sud.
Lui qui aimait le travail bien fait il avait été déçu par les entreprises qui l'avaient employé. Il racontait :
— Vous vous rendez compte, dans les fondations on ne mettait pas de ferrailles et s'il y avait une visite de chantier on en mettait une qu'on devait retirer après la visite, quelle honte !
Le mari de l'institutrice acquiesçait
—  À propos de travaux, quand il ne gèlera plus, on va avoir besoin de tes services. Tu sais la maison qu'on a achetée,  on a fini de retaper l'intérieur. On veut enduire le petit muret extérieur. Tu avais commencé à me montrer comment faire l'autre jour quand tu faisais des retouches sur le mur de l'école. Mais je n'ai toujours pas ton geste pour projeter le ciment à la truelle. Je ne comprends pas, quand c'est toi qui le fais ça s'étale sur le mur, quand c'est moi tout retombe au sol.
—  Hé hé c'est un métier. Je te remontrerai ça.
En échange de quoi j'aimerais que Lolo fasse faire quelques dictées à mon fiston, il n'est plus en primaire mais il fait encore beaucoup de fautes. J'aimerais qu'il fasse un autre métier que moi et plus d'études que j'en ai fait.
Lolo accepta.
— Je me souviens que ton fils était appliqué dans son travail, il avait d'ailleurs une belle écriture. Je vais lui faire revoir les règles de base, il ne devrait pas y avoir de problème. Je peux te dire Guiseppe, que tu as su lui transmettre le gout du travail bien fait.

Ainsi allait la vie dans ce petit village où tout le monde se connaissait. Le fils de Guiseppe qui est maintenant adulte, est devenu paysagiste et a l'amour de son métier.

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Les Jujus

10 Mars 2018 , Rédigé par Fried

histoires d'enfance autobiographique en 3 parties.

1-Souvenirs

Là-bas dans la vallée... Oui on peut le dire et cela chante bien, il y a près d’ici une vallée de la marne, alors va pour une vallée de la Vesle.
Un petit village, avec sa route nationale, et celle qui descend vers la vieille église.
Sa mairie et son garde champêtre. La route du bas, quelques fermes maraîchères, qui bordent les marécages et les méandres de la Vesle.
La rue, notre rue des anémones a poussé comme un champignon, côté pile, les "Duquenois", côté face, les "Groseilles».
Nous on était du côté " Tucquenois " mais très lié avec de nombreux "Groseilles" .
Il n’y a pas de hlm ici, mais d´un côté de la rue, des propriétaires, maisons et jardins bien arrangés de l'autre des locataires, petites maisons, petits jardins. Vers le haut de la rue un terrain vague où l'on joue au foot. Il y a Toutoune passionné de foot, cancre et bon dessinateur à l’école, je le sais c’est mon voisin au fond de la classe.

Il y a Hamed, Rachid les petits derniers de la famille Tamzi, ils jouent les durs mais Lalou qui connaît les grands frères, nous l’a dit, ils ne sont pas méchants.

De notre côté, le bas de la rue, résident plusieurs autres familles nombreuses et nos voisins, des retraités, monsieur et madame Lefranc.


Benj et moi sommes les petits derniers, arrivés ex aequo dans une famille où il y avait déjà: Fred, Marie-Anne, Lalou et Vivie.

Cela avait commencé par une bonne blague.

Á la clinique où maman était venue accoucher, le gynéco avait dit, au moment de la naissance de Benjamin mon jumeau.

— Continuez, poussez ! Il y en a encore au moins un !

Papa qui était venu assister à l’arrivée d’un seul enfant, est sorti respirer bien fort dehors, un peu comme maman à l’accouchement.


Nos premières sorties en dehors de l’école qui est près de la vieille église, c’est vers la route du bas.

Il faut dire qu’elle passe devant un grand terrain en friche, tas de gravats, briques, arbustes. C’est notre premier terrain de jeux en dehors du jardin.

Les grands y ont fait de superbes cabanes, où l'on y joue quand ils ne sont pas là. Dans les cabanes on se fait des goûters, on raconte des histoires.

Un peu plus loin il y a l’impasse du « Val d’or », elle porte bien son nom et nous donne accès à un monde magique et sauvage, les marécages.


Des premiers souvenirs d’école, Benjamin et moi on se sent débarqués dans un monde de fous, à la récré ça court partout, se bouscule, on n’aime pas cet endroit fermé encore moins les maîtresses et tout cela ne nous intéresse pas.

Au cours préparatoire, l’institutrice a de bonnes vieilles méthodes pour ses trente-cinq gamins, si on fait des bêtises elle a un drôle de jeu, nous les Jujus on y aura vite droit. Il faut tendre les mains et elle doit essayer de nous donner un bon coup de règle dessus, on ne comprend pas pourquoi les copains ne sont pas assez rapides pour les retirer à temps !?

Avec nous après de terribles colères, elle finira par abandonner on joue trop bien, il paraît qu’on n’est pas de bons exemples et que ce n’est pas du jeu. Elle finit par tellement nous foutre la paix, que je me souviens d’une partie de billes avec Benj sur le sol de la classe, où l’on avait terminé, je ne sais comment sous son bureau, c’est elle qui s’en était aperçu, nous on était trop dans notre partie.


On écrivait comme des cochons et lentement comme ce n’est pas permis, on l'a su quelques années plus tard, elle aurait dû nous laisser écrire comme des gauchers qu’on était.

Alors finalement, on a eu le droit de rejouer, de redoubler notre CP.


Ce dimanche matin, après un super petit déjeuner, chocolat chaud, tartines beurre miel et confiture, passage sous la douche pour être beau comme des sous neufs. Maman nous a sorti les vêtements du dimanche, même pantalon, chemise et petit pull, elle adore nous voir habillés à l'identique. (On est trop mignons) Benj a horreur de ça, et moi ça me passe à des années lumières, ce n’est pas une préoccupation. Il faut que l'on soit tout beau pour aller au temple à Reims. On a aussi de belles chaussures noires, bien cirées.


Comme on est prêt à l’avance, bien avant les grands qui commencent tout juste à émerger, on sort voir notre copain François, on a 2 heures devant nous.

En passant par la Lorraine (rue) avec nos souliers, un petit arrêt à l’angle d’une maison, j’ai aperçu une dame, au loin dans ses habits du dimanche elle aussi, elle se dirige vers nous. Ayant les goûts les plus fins pour les bonnes blagues, je sors un pétard de ma poche et l´ enfonce dans une belle grosse merde de chien…

Avec Benj on estime vite fait le temps nécessaire d’allumage, la longueur de la mèche, Benj me donne le top et au bon moment j’allume le pétard, on s’éloigne, la dame approche…

Elle a de la chance l’explosion ne survient qu’une fois qu’elle est passée. A notre grande joie on entend les exclamations outragées de la dame.

Je me souviens encore de ses "bonté divine !", "les voyous !" on était hilare.


On retrouve François devant chez lui, bien habillé aussi, lui ce sera pour l´église.

En attendant on part faire une petite balade le long de la route du bas, direction la sortie du village vers le mont St Pierre. On fait un arrêt près de la vieille écluse sur la Vesle, il y flotte une odeur de vase, François nous montre comment attraper les sangsues et comment elles font ventouses. Elles sont grosses et noires, c’est amusant, on essaye tout de même de ne pas trop se salir.

On repart un peu plus loin, il y a un autre accès vers la Vesle, tout du moins des mares, les alentours sont un peu boueux, tant pis on passera un coup de chiffon.

Près de la plus grande mare où l’on s’embourbe un peu, il y a au bord de belles et grandes planches de bois. Elles sont épaisses et flottent sur l’eau alors on invente un super jeu, le "radeaudo". C’est à celui qui osera s’éloigner le plus de la rive et revenir. Une fois grimpé dessus, l’eau affleure la planche, on a l´impression de marcher sur l’eau, on s´amuse bien. François est très fort à ce jeu-là, mais voilà qu’il n’arrive pas à revenir, il saute donc vers la rive et s’enfonce jusqu’au mollet, waouh !

Il a du mal à s’en sortir, je m’approche pour l’aider et m’enfonce juste un peu à mon tour.

François s’extrait dans un grand sur ! gourmand et boueux qui lui a avalé sa chaussure.

Après quelques recherches dans la gadoue sa chaussure a disparu et on est tous les trois couverts de boue.

On revient, il faut maintenant se dépêcher François s’appuie d’un coté sur Benj et de l´autre sur moi, on le laisse tout près de chez lui, on n’ose pas approcher plus, redoutant les foudres de sa mère. Il aura droit à une sacrée messe.


De retour à la maison, la famille est en retard comme d´habitude, on file quelques minutes au sous-sol pour essayer de réparer le plus gros des dégâts, plus on en retire de la boue, plus il y en a. On se glisse dans la voiture avant que papa ne la sorte du sous-sol, c’est la ruée sous les cris de maman et tout le monde embarque en vitesse.

Une fois garés près du temple, les parents ne remarquent heureusement rien et le culte est commencé.

Le pasteur tout de noir vêtu a la fâcheuse habitude de s’arrêter de parler quand arrivent des retardataires.

Un peu comme à l’école on a nos places habituelles, il nous faut alors remonter la grande travée du milieu dans un silence terrible où l'on n'entend que le flop flop de Benj et moi tout tachés qui laissons, devant les paroissiens, des plaques de boue sur le beau carrelage tout propre du Temple.

Sous le regard courroucé du pasteur, des parents, on va s’asseoir. Je m’évade tout de même un instant en imaginant Jésus à la place du pasteur, nous faisant un clin d´œil complice, oui nous aussi on a marché sur l’eau.

 

 

2- Les Jujus alchimistes

 

Je pense que c'était juste au début des vacances, on parcourait les rues du village. François, Benj et moi, on avait dégoté une carriole à deux grandes roues. De porte en porte, on proposait aux gens de les débarrasser des chiffons, bouteilles vides et cartons. Le ferrailleur de Tinqueux, nous rachetait ça au poids et les bouteilles de champagne vides, 20 centimes. On voulait se faire un peu d'argent de poche. On chargeait bien la carriole, et au bout de quelques trajets et âpres discussions avec le ferrailleur, on avait gagné en trois jours 150 Francs !

François avait acheté un cadeau pour sa maman, Benj et moi, des jeux. On avait mis fin à notre gagne-pain après avoir écumé le quartier. Un voisin nous avait informés que l'on faisait une rude concurrence, à un clochard qui n'avait que ça pour vivre.

 Durant quelques jours de pluie, à la maison on ressortit un cadeau que l’on avait eu au pied du sapin, il allait faire des étincelles, à défaut de faire de nous des génies. L’équipement du petit chimiste !
Pour les premières expériences on fut strictement encadré, la famille commençait on ne sait pourquoi à nous redouter !
On avait commencé par réaliser des breuvages, on pouvait faire une potion effervescente avec un gout acidulé ! Tester l'effet du vinaigre sur de la craie, découvrir les propriétés d'un aimant sur de la limaille de fer. Une expérience nous plaisait beaucoup, en mélangeant charbon de bois, limaille de fer et un autre produit que l'on faisait chauffer, cela déclenchait une gerbe d'étincelles !

Puis vint le moment où l'on commença une expérience tout seul, maman était partie faire les courses. Dans un tube à essai on mit quelques morceaux de craie rose, du vinaigre puis un petit bouchon. Il y avait bien une réaction mais ce n'était pas spectaculaire, on a eu alors la bonne idée de chauffer le tube avec une lampe à alcool... "Splatch !!" le bouchon fut projeté jusqu'au plafond ! On reçut tous les deux quelques petites éclaboussures de craie, c'est alors que l'on entendit maman discuter avec la voisine, elle revenait du marché, vite on rangea tout dans la boite.

Le midi, après le repas dans la cuisine, papa alla s'asseoir au salon à son fauteuil favori, au moment de se détendre un peu, il pencha la tête en arrière, je le revois encore bouche bée, stupéfait de découvrir une partie du plafond tout tacheté de rose !
Évidement il y eu quelques explications qui tournèrent vite à notre désavantage, pour une fois les grands n'y étaient pour rien.

 Ce n'est qu’aux vacances suivantes que l'on eut l'occasion de refaire des expériences terriblement amusantes. Lalou avait retrouvé la fameuse caisse de poudre à canon de grand père Fried, papa l’avait pourtant bien cachée dans le sous-sol. En grand frère soucieux des petits, il nous fit à Benj et moi, une démonstration de ce produit détonant.
Sur une grande table du sous-sol, il dessina un long serpent de poudre, je me souviens de cette forme en S qui prenait toute la table. Il nous fit reculer un peu du lieu de l'expérience, mis le feu à un bout du serpent !
Le temps d'un éclair et d'un "srouf !" fulgurant, nous étions enfumés et éblouis séance fumante. On ouvrit en grand les portes et fenêtres du sous-sol, puis on alla tousser dehors. La leçon de Jean-Louis, fut qu’il ne valait mieux pas que l'on s'amuse avec.

Quelques jours plus tard, François étant venu chez nous on voulut lui faire une démonstration avec la poudre. On fit cela dehors cette fois-ci, après en avoir fait brûler une petite quantité, on eut la bonne idée d'en tasser un petit peu au fond d'un tube en cuivre, puis de mettre une bille par-dessus la poudre, à l'allumage cela faisait un peu de bruit et projetait la bille pas trop loin... Pour améliorer l'expérience, on remplit l'intérieur d'un tube de stylo "Bic" que l'on mit dans le tube à la place de la bille. L'effet fut spectaculaire, nouvelle détonation, et stylo projeté à 10 m s'alluma et s'envola dans les airs pour atterrir dans le jardin voisin. On entendit alors justement un de nos voisins crier de manière inquiète :
- "les jumeaux ! Qu’est-ce que vous êtes encore en train de fabriquer !" Ben quoi, juste une fusée Bic.

Le beau temps revenu on décida d’aller se promener en vélo à la sortie du village il y a une colline, le Mont St Pierre qui domine les environs et donne une vue superbe jusqu´à la ville de Reims.
Tel napoléon, préparant la bataille de Friedland, nous venions y envisager nos excursions et ruminer d´autres explorations et aventures.

Notre vue donnait sur le parking du nouvel Hypermarché, magnifique colosse de béton, il ressemblait à un gros blockhaus.
Le bruit courait au village qu'il pourrait abriter la population en cas de catastrophe atomique ! C'était bien, ça nous rassurait.

Comme de preux chevaliers, nous avions enfourché nos vélos et galopions vers ce magnifique terrain de jeux.
L'entrée de ce magasin était immense, nous observions ces nombreux clients, entrer, sortir....
je ne sais plus qui eu cette idée, elle avait germé au creux de nos cerveaux géniaux !

Nos observations portaient sur le système d'ouverture et fermeture automatique des portes à doubles battants.
Il y avait un tapis à l'entrée, c´est au moment ou l'on marchait dessus que les portes s'ouvraient pendant un temps minuté, puis se refermaient.
Un peu d'entrainement entre nous, nous permit d'essayer un nouveau jeu :
On repérait une personne qui se dirigeait vers la sortie, gentiment de l'extérieur on déclenchait l'ouverture un peu en avance. Le client sortait du magasin et crounch ! notre proie et son caddy étaient coincées dans les portes qui se refermaient sur eux !

Benj, François et moi on avait disputé quelques parties avant de se faire méchamment dénoncer auprès des surveillants, s'en était suivi une petite course poursuite sur le parking, le dédale de voitures nous avait sauvés.

Il nous fallut un autre jeu juste entre nous, François resta spectateur.
On improvisa un tournoi, digne de ceux du Moyen Age : nous étions Benj et moi face à face à bonne distance l'un de l'autre, à cheval sur nos vélos chacun un caddy à la main.
Au signal de François, on fonçait l'un vers l'autre, le caddy remplaçait la lance, on essayait de dégommer l'autre.
La plupart du temps seuls les caddys se percutaient à grand fracas !
Á un moment j'avais touché Benj à la jambe, un point pour moi !
François relança le tournois et Benj plein d'une furieuse énergie arriva à toucher ma monture ! Aie aie la patte avant (la roue) était toute tordue... je repartis à pied, en direction chez Gilles, un copain qui habitait tout près. Lui c'était un cycliste confirmé, il me l'avait réparé en maintenant à deux mains un côté de la roue pour taper fortement l'autre sur un établi, puis avec des clés, il retendit un par un les rayons de la roue.

On était reparti, on avait roulé vers les champs en direction du village d'Orme, la campagne c'était plus paisible.
Sur la route à travers champs, on avait remarqué  des tas de bottes de paille près d'un hangar. on
s'était arrêté là. Il y avait de la paille sur une grande hauteur et par endroit des espaces, c'était génial pour y faire des cabanes.
On avait quitté ce hangar pour essayer d'escalader des bottes de paille empilées dans le champ, assez hautes de 3 à 4 mètres, c'était nos donjons !
François était assez habile, il était arrivé le premier en haut, Benj et moi on secouait ce donjon, à nous deux on réussit à le faire s'écrouler malgré ses cris !
Pour le consoler, c’était tellement amusant, j'avais escaladé le donjon d'à côté, c'était à son tour avec l’aide de Benj de me faire tomber dans une avalanche de paille.
Qu'est-ce qu'on s'amusait, on avait répété ce jeux durant une heure au moins....

A un moment il nous avait semblé entendre rugir un dragon au loin !
Un cultivateur descendu de son tracteur arrivait en courant et jurant: " bon diou de bon diou ! "
si je vous attrape !
On avait deviné qu'il ne nous proposait pas un nouveau jeu, et comme il avait donné l'alerte un peu trop tôt, nous avions enfourché nos montures et filé au galop !
Tagada tagada laissant derrière nous une plaine dévastée couverte de donjons en ruines après une rude bataille.
La plaine tremblait sous juillet.

 

 

3- Rue des Anémones et la famille

 

« Bien sûr, ce n'est pas la Seine,
Ce n'est pas le bois de Vincennes,
Mais c'est bien joli tout de même » (Barbara)

Devant la maison, il y avait beaucoup de place pour les fleurs, les lilas, buddleia et grandes tiges de roses trémières. Un passage sur le côté nous servait de terrain de boules ; que de bonnes parties en famille quand l´un des sept frères et sœurs de maman passaient le week-end à la maison, avec nos cousins cousines !

Sur cette bande de terrain il y avait deux magnifiques cerisiers, on avait vite appris à y grimper, on pouvait y faire concurrence à Crocro.
Crocro était un petit corbeau que Lalou avait trouvé, sans doute perdu par sa maman, dans un bois près des marais.
On avait réussi à le nourrir avec un peu de pain trempé dans du lait et du jaune d´œuf. Au début il était resté une semaine dans le sous-sol, puis papa avait craqué:  Crocro avait couvert la grosse mobylette bleue de fientes. Une fois mis dehors, Crocro revenait toujours dans le jardin, et même quelques fois se nourrir dans la cuisine. On l´aimait notre Crocro apprivoisé, même Gribouille, la chatte de la maison, le laissait tranquille. Elle avait assez à faire avec nous, ses petits chatons et Pan pan notre lapin gris-bleu. Il arrivait que parfois, quand maman montait la rue pour aller faire les courses, elle entende un flop flop gracieux, et que Crocro vienne se poser sur ses épaules. C'était drôle, mais n'avait pas trop apprécié de devenir la "femme au corbeau", plusieurs fois elle fut bien obligée de le chasser. Plus souvent il se perchait dans les cerisiers et sur les toits alentours.

Derrière la maison, le jardin s´agrandissait, quelques rocailles, pour les fleurs, un petit potager, beaucoup de pelouse, des noisetiers, un pommier, trois cerisiers sauvages près du portique. Les printemps y étaient magnifiques. Benjamin et moi on était agiles, dans les arbres comme sur le portique, trapèze et la balançoire. Au fond du jardin, un emplacement était réservé pour faire du feu au milieu d´un cercle de pierres. On y a fait de belles flambées, on aimait particulièrement y faire cuire des patates sous la cendre, c'était un délice.

 Après les explorations du jardin, les grands nous avait fait découvrir le Val d´or.
Au bout de l´impasse du même nom, il y avait les jardins des maraîchers, et un passage, avec le panneau, "propriété privé, défense d’entrer". Comme il n’y venait jamais personne à part nous, que la végétation y était sauvage et en friche, que les grands tout imprégnés de l’année mille neuf cent soixante huit, nous avaient affirmé "il est interdit d´interdire" on se l´était accaparé le Val d'or.

La première partie assez accessible et sèche était une sorte de savane durant l'hiver. Au printemps un fouillis d'arbustes devenus bien plus hauts que nous. Un passage obligé à travers un bois assez dense, et l´on arrivait à l'étang. C’était un endroit plein de vie et de surprises, sur les côtés de la mare une zone très humide à traverser un passage beaucoup plus risqué. Il y avait une manière de marcher, poser les pieds délicatement, en quelque sorte tâter le terrain, éventuellement marcher sur des branches au sol. Plusieurs fois il nous était arrivé de nous y enfoncer jusqu'à la cheville, quand on retirait le pied une odeur épouvantable s'en échappait. L’étang grouillait de vie, têtards ou grenouilles, dytiques, ragondins, échassiers, selon les saisons, de magnifiques roseaux, chardons, des nénuphars et belles plantes aquatiques, lys des marais.  C’était notre sortie préférée du weekend, après la sortie piscine, ou les visites chez les grands-parents.

Papa nous avait réquisitionnés pour aller faire du ménage dans le grenier du grand-père. Il habitait une charmante maison près du centre de Reims, je me souviens de sa belle façade en pierre meulière. Un jardin à l'arrière de la maison avec un enclos pour les poules, on adorait leur lancer des escargots et voir comment elles se jetaient dessus. Au fond du jardin les clapiers à lapins, trop mignons ces petites bêtes !
Grand-père nous avait raconté que pendant la guerre ils étaient bien contents d'avoir ce petit élevage, mais un prédateur était venu tuer ses lapins plusieurs fois de suite. Il avait alors piégé les alentours. Il fut étonné d'y prendre un gros chat redevenu sauvage. Le chat est passé à la casserole, Il avait le gout du lapin.
Dans la maison, grand-mère avait toujours quelque chose à nous raconter, elle n'avait jamais perdu son accent de Toulouse. Elle racontait comment elle avait appris à nager dans la Garonne, elle la descendante de "Don gaspard de Portola". Puis elle était devenue marraine de guerre. C'est comme ça qu'elle avait fait connaissance avec grand-père qui avait eu la vie rude.

Né en Angleterre de Marks, un papa fraîchement débarqué d’Afrique du sud et de Kate, une maman polonaise. Les arrières-grands-parents s’étant séparés, la maman était venue en France avec ses enfants. Elle avait dû abandonner grand-père dans un orphelinat, vers l’âge de 10 ans. Grand-père avait été placé dans plusieurs familles d'accueil, puis embauché comme garçon de ferme, par la suite était devenu bouilleur de cru. En 1914 il s'était enrôlé dans l'armée, avait été embarqué pour se battre en Crimée. Là- bas ça avait été terrible, il avait reçu plusieurs fois l'extrême onction, il avait été gazé dans les tranchées, avait eu les oreilles gelées et attrapé le paludisme. Après la guerre ils s'étaient mariés et avaient vécu comme militaires en Allemagne alors occupée par les français. Par la suite, grand-père a eu plusieurs métiers, il a été bijoutier et photographe.

Lors du rangement du grenier très encombré, on avait retrouvé un grand carton rempli de billets de millions de Deutsch Mark. Ils ne valaient plus rien, c'était des souvenirs de la terrible dévaluation allemande, il fallait une liasse de billet pour une baguette de pain, les billets étaient imprimés sur du papier journal.
Je me souviens aussi de nombreuses lettres et cartes postales écrites au stylo plume d'une belle écriture avec plein et délié.

 

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J'ai faif un rêve

10 Mars 2018 , Rédigé par Fried

1- Anahita


Fille de Hediyeh, la sage-femme du village, Anahita a grandi près de ses oncles et tantes. Elle a 12 ans, de longs cheveux bruns, des yeux noirs de Jais. Dans ses jeux avec les enfants de son âge, elle s’impose comme un chef, elle a un fort caractère comme sa mère, mais tous adorent les aventures qu’elle leur fait vivre. En effet, les enfants livrés à eux-mêmes dans le village et ses proches environs, étendent leur zone d’exploration.

Ils sont nombreux les volontaires pour aller garder les chèvres, il faut les protéger des lynx ou hyènes encore présents dans la région. Quand le troupeau ne grignote pas les Tamaris, il est souvent sur la colline rassemblé au pied du grand Sycomore. Ce lieu est un point de vue sur la vallée de l’Euphrate. Elle mène d'un côté aux anciennes ruines d’Uruk. De l’autre, vers le nord on devine la ville de Samawa.
Tout près, en contrebas, le village d'Anahita est indemne des guerres qui ruinent le pays. Les enfants témoins du survol d’avions, qui parfois déchirent le calme des cieux, ont été préservés des horreurs du conflit.

Anahita aime être auprès de sa mère quand celle-ci est au foyer. Hedhiyeh est toujours active, ces jours-ci, elle a ramené des sacs de laine, elle a ressorti son rouet. Depuis toute petite Anahita a appris à filer. C'est Hedhieh qui tisse, ce tissu aux mystérieux motifs qu'elle vend au marché. On y devine la trame d'une histoire et les symboles d'une déesse des temps passés. L'étoile la plus brillante du ciel, les taureaux et le dragon au corps de serpent. Anahita est très fière d'en porter une étole, elle joue à la déesse et commande même les garçons.

Bien sûr, c’est Anahita qui a découvert l’accès au temple souterrain et mystérieux. L’entrée grosse comme un terrier, était cachée derrière un buisson. Après une descente abrupte dans des éboulis, un escalier est apparu. Pour une grande exploration Anahita a demandé à son groupe de se munir discrètement de bougies et allumettes. Ce faible éclairage leur a permis d’apercevoir la beauté de ces ruines. Les enfants en file indienne ont parcouru un long couloir. Il les a menés à une porte énorme, de grandes statues d’hommes barbus gardaient les lieux. Devant la Porte de pierre, une femme à la poitrine imposante taillée dans la roche semblait leur sourire. Autour des fresques de briques émaillées de bleu laissaient apparaître d'étranges animaux. C'était incroyable, les motifs étaient identiques à ceux qui étaient représentés sur les tissus de Hediyeh. Cet espace souterrain avait quelque chose de magique, il y régnait une fraîcheur bienfaisante. Une source y coulait et baignait les pieds de la statue féminine puis disparaissait dans la rocaille.

Anahita toute pensive a semblé se recueillir. Les plus téméraires du groupe se sont approchés de la porte et ont regardé si elle pouvait s’ouvrir, rien à faire, même en poussant à plusieurs rien ne bougeait. Le reste du groupe s'est inquiété Anahita semblait en transe, son corps se balançait lentement d’avant en arrière et elle fredonnait quelque chose d’incompréhensible. Puis comme si de rien n’était Anahita s'est ressaisie, elle a réuni le groupe et leur fait promettre de garder ce lieu secret. Ils ne devraient jamais en parler devant les adultes, ni à leurs parents, ni à l’imam qui venait les voir de temps à autre au village. La nuit suivante Anahita a fait un rêve étrange, à son réveil au petit jour, elle a su que plus rien ne serait pareil pour elle et les femmes de son pays. Elle s'est sentie transformée, investie d’une force inouïe, une volonté qu’aucun moudjahid coupeur de tête ne pourrait arrêter.

 

2 Ishtar

Une fois levée, Anahita a demandé à Hediyeh
— Maman, comment as-tu choisi mon nom ? Sa mère lui a raconté :
— Tu sais combien j’aime ce pays. Nos ancêtres vénéraient Ishtar, une déesse originaire d’Uruk. Quand tu es venue au monde ici en Irak et je t’ai donné le nom de Anahita qui est un prénom d’origine Perse, c’est aussi le nom de la déesse Inana plus connue sous le nom d’Ishtar. Durant trois mille ans, elle a été vénérée comme une déesse de la guerre et de l’amour.
— Maman, j’ai rêvé cette nuit que la déesse Ishtar me léguait ses pouvoirs. J'ai rêvé que lors d’un rituel, j'étais drapée de ton tissu et que je prenais la parole aux hommes pour la donner aux femmes. J'avais tous les pouvoirs et je ramenais la paix au Pays.
— Tu serais l'élue ma fille ? ... inch'Allah !

Anahita est repartie à la grotte, elle s’est agenouillée au pied de la statue représentant Ishtar. Comme dans son rêve, drapée du tissu symbolique, elle a recueilli au creux de ses mains l’eau fraîche de la source et s'est désaltérée. Elle a fait le vœu que les armes se taisent. Elle a fait le vœu que les hommes laissent la parole aux femmes et que plus jamais, une femme ne soit agressée, battue ou emprisonnée. Elle a souhaité communiquer un message à tous les peuples impliqués. Elle n'imaginait pas encore tous les effets de ses vœux, pourtant, ils ont été immédiats.

Au large dans le Golfe Persique, un porte-avions américain a perdu tout contact avec ses avions de chasse. Le commandant Coldwell ne décolère pas, "mais qu’est-ce que c’est que cette technologie démente, sans doute une ruse des Russes."

En Méditerranée dans la salle des commandes du « Charles de Gaulle », le pacha et ses officiers sont effarés, seule la deuxième classe radio peut communiquer et uniquement avec la femme pilote, elle s’écrie :

— Juliette ! Juliette ! Ici Hôtel, que se passe-t-il nous n’avons plus aucun contact avec Tango et Sierra ? À vous !
— Hôtel, je les ai de visu, bien en formation, mais plus de contacts radio non plus ? À vous !

Sur le pont du Moskva
110 m de long, 680 marins, 10 tubes lance-torpilles et missiles Bazalt de 550 km de portée, c’est la Bérézina de la marine Russe. Le contre-amiral Fondlotenkov s’arrache ses derniers cheveux. Son navire est en panne radio, pas moyen de joindre le reste de la flotte ou même Moscou.
Leurs sous-marins privés de toutes communications, remontent en surface comme des petits bouchons. "Ces salopards d’Américains ont bien réussi leur coup !"

Dans la banlieue de Tripoli en Lybie, en Syrie à Damas et même dans toute la ville d’Alep, le calme est revenu. Il n'y a plus un bruit d’arme à feu, plus une bombe, pas un seul coup de canon ou bazooka. Parmi les hommes tous les fusils se sont enrayés, quel que soit le camp, le pays ou la tribu, la poudre a perdu la partie et la parole.
Dans toutes les armées, on a été mal quand on était mâle.
Les filles de l'armée Kurde, pour qui les armes ont continué à fonctionner en savent quelque chose, elles n’ont jamais fait autant de prisonniers.

Sur Al Jazeera, sur toutes les radios ou chaînes TV, de Bagdad à Istanbul, du Caire à Téhéran en passant par Dubaï, plus un homme n'a pu s’exprimer sur les micros, pour qu’une parole puisse être entendue, il a fallu laisser la place aux femmes.

Le Grand mufti Abdul, d’Arabie Saoudite s'est désolé. C’est la grande catastrophe, la Nakba, au moment de déclencher l’appel à la prière par haut-parleurs, plus rien n'a fonctionné à Riyad. Les électriciens dépêchés sur place et dans toutes les mosquées n’y ont rien compris.

En France comme dans les autres pays à l'heure des journaux sur toutes les chaînes, toutes les ondes, il a semblé y avoir comme un brouillage, un grésillement….
Anahita, vêtue d'une toge aux emblèmes d'Ishtar s'est exprimée d'une voix douce et gutturale en une langue inconnue. Les spécialistes ont dit que c'était un mélange de Perse et d’Arabe, peut-être de l’Acadien ou du Sumérien. Une parole venue de la nuit des temps. Heureusement sous-titrée, elle a parlé au cœur des peuples, c’était comme une poésie qui disait le sacré de la vie, qui appelait à l’harmonie et l’apaisement.

Dans les jours, les mois et les années qui vont venir, les femmes musulmanes vont prendre toute la place dans les médias. Elles vont s'apercevoir que le réveil d'Ishtar a ramené la paix et bien plus. Les érudites, vont comprendre que le pouvoir est à leur portée.

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Les déambulations de Bartholomé Marlouf.

2 Décembre 2017 , Rédigé par Fried

I L'odeur des amis.

Bartholomé faisait ses courses et ne passait pas inaperçu dans ce magasin d'alimentation. On entendait le martèlement de ses chaussures à semelle de bois, (tchique clic tchic clac, tchique clic tchic clac) Il parcourait les allées à la recherche de chamallows et était suivi par Fulgur son chat.
Cet après-midi il avait délaissé son quartier, il n'était plus en odeur de sainteté dans sa boutique habituelle, Fulgur avait eu la mauvaise idée d'y laisser une petite crotte à l'entrée. Il avait sans doute commis ce forfait par contrariété, Bartholomé s'était brouillé avec le marchand, un ami de longue date.
Alléché part un doux parfum de chamallows à la vanille il était entré ici. Arrivé à la caisse, quand enfin ce fut son tour, il déposa ses emplettes et fut de suite subjugué par la caissière, l'odeur de vanille c'était elle. Dans sa tête, une boite à musique parfumée venait de s’ouvrir, il imagina la caissière en ballerine esquissant quelques gracieux pas de danse sur la mélodie du "Carnaval des animaux". Cette femme était d'une beauté...
Elle avait un chien fou !
Bizarrement l'animal qui était sagement assis derrière elle prit la parole, sans demander la permission à sa maitresse il s'adressa à Fulgur en le regardant droit dans les yeux :
— Chaperlipopette ! Comment se nomme la théorie qui explique qu'une particule peut traverser l'univers quasiment Instantanément ?
Tout en léchant délicatement ses coussinets Fulgur s'abstint de lui répondre "Et ma petite crotte tu la veux ?" Cependant, il le renvoya dans ses cordes et lui dit : — Pour moi ce sera une boite de croquettes et une bonne sieste sur le bureau de mon maitre près de sa machine à bisous.
La caissière prénommée Philomena était elle-même troublée par l'élégance de son client au chat bien élevé. Il est vrai que Bartholomé avait une jolie moustache si finement dessinée. Philomena estima que cela lui donnait un air de Don Quichotte.
Alors qu'elle scannait les articles elle se vit en sa compagnie parcourant la Mancha à dos d'âne au milieu de champs d'orangers.
Elle se saisit du paquet chamallows et ne put résister à la tentation d'appuyer sur chacune de ces guimauves, elle testait ainsi leur élasticité.
— Ils sont à points vous allez vous régaler.
— Oui je les préfère comme ça pour la fondue au chocolat chaud.
Leurs regards se croisaient, virevoltaient et se croisaient à nouveau, on aurait pu entendre chaque note de la boite à musique rythmée au pas des ânes suivis par les éléphants du carnaval mais finalement Bartholomé se présenta :
— Bonjour mademoiselle, mon prénom c’est Bartholomé, je suis grand amateur de chamallows et chercheur en innovation humaine.
— Mademoiselle Philomena à votre service, croqueuse de chamallows à la vanille et caissière en alimentation gourmande.
Il paya ses achats et proposa une soirée repas chocolat à Philomena. Le rendez-vous fut pris pour le samedi dans deux jours.
Tchique clic tchic clac, tchique clic tchic clac, Bartholomé quittait le magasin.

Dans la rue, les pas de Bartholomé sur son petit nuage étaient cependant sonores : Tchique plouf plaf, tchique plouf plaf, c’est que la pluie s’était mise à tomber de haut. Ce temps était tout à fait au goût de Fulgur qui bondissait gaîment en évitant les gouttes et les flaques.
Ils s’engagèrent sur le pont des dames fait en bois de flamboyant entièrement fleuri de pourpre, Bartholomé fit un bouquet qui allait lui servir pour la confection d’une invitation parfumée dans les formes à l’attention de ce phénomène de Philomena. Il flottait sur la rivière comme le parfum d’un petit bonheur. Alors, Bartholomé se mit à chanter dans la douce lumière bleu et humide de cette fin de journée :
« Moi mes souliers ont beaucoup voyagé, moi, mes souliers ont passé dans les prés, moi, mes souliers ont piétiné la lune, puis mes souliers ont couché chez les fées et fait danser plus d'une. » (1)

Fulgur qui devait pour le suivre accélérer les pas pattes, s’amusait de ce que son maître en souliers le prenne pour un chat botté. Ils s’engagèrent dans la rue pavée de notre-dame des philosophes, ils croisèrent une procession de professeurs en toques à la recherche d’un esprit supérieur, ils tournaient en rond depuis quelques jours dans le quartier, ce soir on ne distinguait plus qui tournait après l’autre.

Rue des harmoniques Bartholomé et Fulgur dépassèrent la maison du facteur de piano, ils s’arrêtèrent une minute devant le joueur d’orgue de barbarie, c’était un Semnopithecus à clochettes venu tout droit des Indes, il s’était spécialisé en musique langureuse. Dans la rue, des couples s’étaient formés et dansaient langoureusement en faisant des mouvements complètements impossibles avec les mains. Fulgur reconnu ce singe Langur et musicien, ils s'étaient rencontrés lors d'une soirée dansante, Fulgur avait une maîtrise en cha cha cha.

Bartholomé devait aller saluer un groupe d'amies, une joyeuse bande de jeunes femmes dans une rue du centre ville remplie de restaurants. C'était la rue des rousses-pêteuses où les restaurateurs proposaient tous des menus gratuits d'haricots en grains et autres fèves pour les rousses. Elles étaient reconnues pour cette particularité, la ville prenait en charge le prix des repas et ces dames repartaient avec une petite bouteille de gaz à remplir. Le méthane servait par la suite à alimenter les loupiotes.

Tchique plouf plaf, tchique plouf plaf, après les salutations ils arrivèrent à temps place de la grimpette pour le funiculaire de dix-huit heures vingt-trois minutes, Fulgur se percha sur le bord d’une fenêtre et son maître s’installa à l’étage aménagé en canopée de bambous. De temps en temps, Bartholomé passait la tête à travers le feuillage. Malgré le spectacle intermittent de la pluie, il pouvait, façon de parler, se mettre au parfum et voir passer les loupiotes volantes, elles parcouraient la ville comme des feux follets en pétaradant. Elles avaient remplacées depuis quelques années les lampadaires.

(1) La chanson « Moi mes souliers » de Félix Leclerc

II Là haut sur la colline

La maison de Bartholomé était perchée au sommet d'une colline qui dominait la ville.
Chaque rue et habitation s'étageaient en terrasses colorées par des portes et volets aux couleurs pastel. Les lierres et buissons fleuris y ajoutaient une touche de chlorophylle rafraîchissante.

Bartholomé retrouva sa maison, le lieu de toutes ses expériences de chercheur au sommet de la ville. En dehors de quelques expérimentations amusantes avec sa machine à bisous, il s'était spécialisé dans l'amélioration du toi. Non pas de vous, de eux, de nous, de il ou elle, mais de toi. Il va sans dire qu'aujourd'hui «Toi» s'appelait Philomena.

Fulgur tout en se dirigeant vers la terrasse qui leur servait de toit se dit que son maître « du toi » comme un cordonnier mal chaussé aurait bien besoin de Philomena. Il se faufila dans l'entrebâillement de la porte et se figea. Sur la crête du muret qui entourait la terrasse, Crocro était là, lugubre avec sa bande de volatiles éclairés par les lumières de la ville.
"Crocro  — Croâ
Jax  — Croâ, Croâ
Yvan  — Croâ, Croâ, Croâ
Tel  — Croâ,Croâ.

Les trois corbeaux regardaient Tel d'un air mécontent. Tel se tourna vers eux d'un air surpris et haussa les épaules.

Crocro reprenant  — Croâ
Jax  — Croâ, Croâ
Yvan  — Croâ, Croâ, Croâ
Tel  — Croâ, Croâ, Croâ, Croâ ?

Les quatre corbeaux se regardaient en souriant. Ils hochaient délicatement leur tête noire d'un air profondément satisfait." (1)

Au sol, Fulgur aperçu une petite musaraigne qui trottinait insouciante. Approchant silencieusement il se glissa dans l'ombre, seules ses moustaches frémissaient, il levait lentement ses pattes de velours et gagnait insidieusement du terrain sur sa proie. Les corbeaux ne croissaient plus mais regardaient la scène d'un œil gourmand. Cacahuète, car c'était son nom trottinait vers la gamelle du maître de ces lieux, il restait là quelques croquettes à grignoter. Fulgur bondit à la vitesse de l'éclair et s'empara du petit rongeur en découvrant ses dents pointues. Il commença à mordiller cacahuète puis s'amusa à la lancer d'une patte pour la rattraper de l'autre comme un jongleur.
Crocro l'encouragea :
— Vas-y ne te gêne pas épluche la toute crue cette cacahuète.
Cacahuète qui elle, se démenait et se tortillait s'écria :
— Lache moi Fulgur, tu me chatouilles !
Il répondit :
— Misérable souriceau pour ce soir je me contenterai de croquettes, je vais donc t'épargner.
— Allez espèce de goujat, tu m'en laisses une, j'ai une grande famille à nourrir moi.
— Trêve de bêtises mes amis que s'est-il passé aujourd'hui dans le quartier ?

Pendant que Fulgur écoutait les nouvelles, Bartholomé bricolait tout en préparant le repas. La cuisine était encombrée par son laboratoire à côté de l'évier. Sur une table rustique trônait la machine à bisous une sorte d'usine à gaz en miniature. Son fonctionnement reposait sur la technologie de l'empreinte, cette machine sensible était empreinte d'une humanité profonde. Bartholomé avait recouru à une série de moulages, toute la bande des rousses-pêteuses s'y était prêtée. Ce soir il lui fallait faire son propre moulage puis ajouter les ingrédients. Il hésitait entre faire une bouche en cœur ou un simple sourire, Fulgur qui était rentré discrètement, le regardait faire en se léchant le museau.
Bartholomé utilisa ensuite différentes sortes de fleurs, la rose fonctionnait bien mais il déversa des pétales de frangipanier pour la consistance et ceux d'un flamboyant pour la circonstance.

Le lendemain aux premières lueurs de l'aube, la machine à bisous délivra une série de  chapelets de bises volantes, elles dévalèrent les pentes de la ville et arrivèrent sur les joues de Philomena comme un alizé parfumé à la frangipane. « Un cadeau en forme d'invitation de la part de Monsieur Marlouf sur la colline. » La collègue de Philomena s'amusait à chantonner : 
L'amour, l'amour, c'est le poivre du temps. Une rafale de vent, une feuillée de lune. (M Mouloudji)


(1) coécriture de Jdoo présent sur le site  "les jeunes écrivains"

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