Morose

Publié le par Fried

Imaginez un monde gris.

Un monde rempli de scribrouillards et de vent-gris.
Le ciel nuageux reste gris et grinçant en permanence comme un long sanglot monotone, c'est ainsi que le décrivent les oculaires.
Eux, ils ne sont que les témoins d'un monde louche et gris.
Ils ressemblent à de grosses pelotes de laine écrue et duveteuse.
Ils tiennent registre du cru des écrits vains.

Dans ce monde était apparu un sombre personnage aux idées noires. Il se nommait Morose, il était vêtu de noir, tout ce qu'il écrivait noir sur blanc était nostalgie. C'est l'ennui qui l'avait rendu ainsi.
Morose ne chantait pas et c'était dommage, car les oculaires à la plume alerte étaient tout ouïe.
En un clin d'œil, Morose avait fait le tour de ce monde, c'est ainsi que Morose devint un bravache musical.
C'est-à-dire que par ennui Morose avait commencé à broyer du noir mélodieux.
Rien de bien nouveau, il s'était toujours fait un sang d'encre de Chine pour les soupirs de la page blanche.
Un jour, par un ciel de canards et de fausses notes, il mangea sa cravate laquée, décortiqua sa chemise noire puis avala son pantalon velouté, ses chaussettes noires et criardes, et même ses sous-vêtements duveteux.
Les oculaires n'en croyaient pas leurs yeux globuleux : malgré ses idées noires, Morose était devenu tout rose.

Quoi de plus joli qu'un homme rose dans un monde gris ?

Morose est assis, ses petites fesses roses sont à même la terre grasse et noire. Il a repris du poil de la bête duveteuse et avec sa plus belle plume, il note en rose, une histoire d'amour qui lui était chair de poule.

Publié dans Poésie, Imagination

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