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J'ai faif un rêve

10 Mars 2018 , Rédigé par Fried

1- Anahita


Fille de Hediyeh, la sage-femme du village, Anahita a grandi près de ses oncles et tantes. Elle a 12 ans, de longs cheveux bruns, des yeux noirs de Jais. Dans ses jeux avec les enfants de son âge, elle s’impose comme un chef, elle a un fort caractère comme sa mère, mais tous adorent les aventures qu’elle leur fait vivre. En effet, les enfants livrés à eux-mêmes dans le village et ses proches environs, étendent leur zone d’exploration.

Ils sont nombreux les volontaires pour aller garder les chèvres, il faut les protéger des lynx ou hyènes encore présents dans la région. Quand le troupeau ne grignote pas les Tamaris, il est souvent sur la colline rassemblé au pied du grand Sycomore. Ce lieu est un point de vue sur la vallée de l’Euphrate. Elle mène d'un côté aux anciennes ruines d’Uruk. De l’autre, vers le nord on devine la ville de Samawa.
Tout près, en contrebas, le village d'Anahita est indemne des guerres qui ruinent le pays. Les enfants témoins du survol d’avions, qui parfois déchirent le calme des cieux, ont été préservés des horreurs du conflit.

Anahita aime être auprès de sa mère quand celle-ci est au foyer. Hedhiyeh est toujours active, ces jours-ci, elle a ramené des sacs de laine, elle a ressorti son rouet. Depuis toute petite Anahita a appris à filer. C'est Hedhieh qui tisse, ce tissu aux mystérieux motifs qu'elle vend au marché. On y devine la trame d'une histoire et les symboles d'une déesse des temps passés. L'étoile la plus brillante du ciel, les taureaux et le dragon au corps de serpent. Anahita est très fière d'en porter une étole, elle joue à la déesse et commande même les garçons.

Bien sûr, c’est Anahita qui a découvert l’accès au temple souterrain et mystérieux. L’entrée grosse comme un terrier, était cachée derrière un buisson. Après une descente abrupte dans des éboulis, un escalier est apparu. Pour une grande exploration Anahita a demandé à son groupe de se munir discrètement de bougies et allumettes. Ce faible éclairage leur a permis d’apercevoir la beauté de ces ruines. Les enfants en file indienne ont parcouru un long couloir. Il les a menés à une porte énorme, de grandes statues d’hommes barbus gardaient les lieux. Devant la Porte de pierre, une femme à la poitrine imposante taillée dans la roche semblait leur sourire. Autour des fresques de briques émaillées de bleu laissaient apparaître d'étranges animaux. C'était incroyable, les motifs étaient identiques à ceux qui étaient représentés sur les tissus de Hediyeh. Cet espace souterrain avait quelque chose de magique, il y régnait une fraîcheur bienfaisante. Une source y coulait et baignait les pieds de la statue féminine puis disparaissait dans la rocaille.

Anahita toute pensive a semblé se recueillir. Les plus téméraires du groupe se sont approchés de la porte et ont regardé si elle pouvait s’ouvrir, rien à faire, même en poussant à plusieurs rien ne bougeait. Le reste du groupe s'est inquiété Anahita semblait en transe, son corps se balançait lentement d’avant en arrière et elle fredonnait quelque chose d’incompréhensible. Puis comme si de rien n’était Anahita s'est ressaisie, elle a réuni le groupe et leur fait promettre de garder ce lieu secret. Ils ne devraient jamais en parler devant les adultes, ni à leurs parents, ni à l’imam qui venait les voir de temps à autre au village. La nuit suivante Anahita a fait un rêve étrange, à son réveil au petit jour, elle a su que plus rien ne serait pareil pour elle et les femmes de son pays. Elle s'est sentie transformée, investie d’une force inouïe, une volonté qu’aucun moudjahid coupeur de tête ne pourrait arrêter.

 

2 Ishtar

Une fois levée, Anahita a demandé à Hediyeh
— Maman, comment as-tu choisi mon nom ? Sa mère lui a raconté :
— Tu sais combien j’aime ce pays. Nos ancêtres vénéraient Ishtar, une déesse originaire d’Uruk. Quand tu es venue au monde ici en Irak et je t’ai donné le nom de Anahita qui est un prénom d’origine Perse, c’est aussi le nom de la déesse Inana plus connue sous le nom d’Ishtar. Durant trois mille ans, elle a été vénérée comme une déesse de la guerre et de l’amour.
— Maman, j’ai rêvé cette nuit que la déesse Ishtar me léguait ses pouvoirs. J'ai rêvé que lors d’un rituel, j'étais drapée de ton tissu et que je prenais la parole aux hommes pour la donner aux femmes. J'avais tous les pouvoirs et je ramenais la paix au Pays.
— Tu serais l'élue ma fille ? ... inch'Allah !

Anahita est repartie à la grotte, elle s’est agenouillée au pied de la statue représentant Ishtar. Comme dans son rêve, drapée du tissu symbolique, elle a recueilli au creux de ses mains l’eau fraîche de la source et s'est désaltérée. Elle a fait le vœu que les armes se taisent. Elle a fait le vœu que les hommes laissent la parole aux femmes et que plus jamais, une femme ne soit agressée, battue ou emprisonnée. Elle a souhaité communiquer un message à tous les peuples impliqués. Elle n'imaginait pas encore tous les effets de ses vœux, pourtant, ils ont été immédiats.

Au large dans le Golfe Persique, un porte-avions américain a perdu tout contact avec ses avions de chasse. Le commandant Coldwell ne décolère pas, "mais qu’est-ce que c’est que cette technologie démente, sans doute une ruse des Russes."

En Méditerranée dans la salle des commandes du « Charles de Gaulle », le pacha et ses officiers sont effarés, seule la deuxième classe radio peut communiquer et uniquement avec la femme pilote, elle s’écrie :

— Juliette ! Juliette ! Ici Hôtel, que se passe-t-il nous n’avons plus aucun contact avec Tango et Sierra ? À vous !
— Hôtel, je les ai de visu, bien en formation, mais plus de contacts radio non plus ? À vous !

Sur le pont du Moskva
110 m de long, 680 marins, 10 tubes lance-torpilles et missiles Bazalt de 550 km de portée, c’est la Bérézina de la marine Russe. Le contre-amiral Fondlotenkov s’arrache ses derniers cheveux. Son navire est en panne radio, pas moyen de joindre le reste de la flotte ou même Moscou.
Leurs sous-marins privés de toutes communications, remontent en surface comme des petits bouchons. "Ces salopards d’Américains ont bien réussi leur coup !"

Dans la banlieue de Tripoli en Lybie, en Syrie à Damas et même dans toute la ville d’Alep, le calme est revenu. Il n'y a plus un bruit d’arme à feu, plus une bombe, pas un seul coup de canon ou bazooka. Parmi les hommes tous les fusils se sont enrayés, quel que soit le camp, le pays ou la tribu, la poudre a perdu la partie et la parole.
Dans toutes les armées, on a été mal quand on était mâle.
Les filles de l'armée Kurde, pour qui les armes ont continué à fonctionner en savent quelque chose, elles n’ont jamais fait autant de prisonniers.

Sur Al Jazeera, sur toutes les radios ou chaînes TV, de Bagdad à Istanbul, du Caire à Téhéran en passant par Dubaï, plus un homme n'a pu s’exprimer sur les micros, pour qu’une parole puisse être entendue, il a fallu laisser la place aux femmes.

Le Grand mufti Abdul, d’Arabie Saoudite s'est désolé. C’est la grande catastrophe, la Nakba, au moment de déclencher l’appel à la prière par haut-parleurs, plus rien n'a fonctionné à Riyad. Les électriciens dépêchés sur place et dans toutes les mosquées n’y ont rien compris.

En France comme dans les autres pays à l'heure des journaux sur toutes les chaînes, toutes les ondes, il a semblé y avoir comme un brouillage, un grésillement….
Anahita, vêtue d'une toge aux emblèmes d'Ishtar s'est exprimée d'une voix douce et gutturale en une langue inconnue. Les spécialistes ont dit que c'était un mélange de Perse et d’Arabe, peut-être de l’Acadien ou du Sumérien. Une parole venue de la nuit des temps. Heureusement sous-titrée, elle a parlé au cœur des peuples, c’était comme une poésie qui disait le sacré de la vie, qui appelait à l’harmonie et l’apaisement.

Dans les jours, les mois et les années qui vont venir, les femmes musulmanes vont prendre toute la place dans les médias. Elles vont s'apercevoir que le réveil d'Ishtar a ramené la paix et bien plus. Les érudites, vont comprendre que le pouvoir est à leur portée.

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